Nécrologie
de Guy Bedos

Guy Bedos, un humoriste nous quitte

Le décès de Guy Bedos, humoriste et comédien français, survenu le 28 mai 2020 a été annoncé par son fils Nicolas Bedos. Connu pour son engagement contre le racisme, l’injustice, il était aussi une figure incontournable de l’humour français. Celui que l’on considérait comme un éternel révolté, avec ses satires politiques qui sont sa marque de fabrique, avait 85 ans.

Guy Bedos a écrit « ma carrière d’humoriste est un succès, ma vie de citoyen utopiste, un échec » pour dénoncer la montée de l’extrême droite

Guy Bedos, sa carrière

Né à Alger le 15 juin 1934, Guy Bedos passe son enfance en Algérie, notamment dans une pension où il a fait la connaissance de celle qu’il considérait comme sa vraie mère, Finouche, son institutrice, celle qui lui aurait appris à penser « liberté, égalité, fraternité, droits de l’homme au-delà des clivages qui divisaient l’Algérie ». Arrivé à paris en 1949, il n’avait qu’une idée en tête : quitter ce foyer familial. Ce qu’il a fini par faire en 1950, vivant de la vente de livres, pratiquant le porte-à-porte tout en s’étant inscrit à un cours de théâtre à l’école de la Rue Blanche. C’est 17 ans et demi, qu’il joue son 1er rôle principal et signe sa première mise en scène dans « Arlequin poli par l’amour » de Marivaux. Engagé par François Billetdoux à « La fontaine des quatre saisons », Jacques Prévert a découvert son talent d’écriture et l’a poussé à écrire ses propres sketches mais le premier qu’il va jouer, « La galerie 55 », est signé Jacques Chazot. En 1965, il va débuter au music-hall avec la chanteuse Barbara, au bien connu théâtre parisien du 14ème arrondissement, Bobino avant de se lancer dans sa carrière d’humoriste. D’abord en formant un duo avec Sophie Daumier avant de se lancer en solo. Il fera son entrée au cinéma dans les années 1970, et on se souviendra de son rôle dans les films « Un éléphant ça trompe énormément » et « On ira tous au paradis ». Il n’a cependant pas cessé de jouer sur les planches avec des réalisations et des rôles dans de nombreux pièces ou spectacles. On gardera notamment en mémoire « Coup de soleil à l’Olympia », joué avec Smaïn et Michel Boujenah, son remarquable duo avec Muriel Robin en 1992, « La Résistible Ascension d'Arturo Ui » de Bertolt Brecht,« Hier, aujourd'hui, demain » co-écrit avec Jean-Loup Dabadie … Guy Bedos a joué dans au moins une vingtaine de pièces de théâtre ou de spectacles, une trentaine de films au cinéma et une dizaine à la télévision. Il a été récompensé, en 1990, par le Molière du meilleur one man show, spectacle ou sketch.

Guy Bedos, un écrivain engagé

Guy Bedos a eu une enfance que l’on peut considérer de malheureuse entre un beau-père raciste et violent et une mère pétainiste. C’est ce foyer familial qu’il a considéré comme le premier gouvernement qu’il avait à subir. La phrase prononcée par sa mère « Les juifs et les Arabes, qu’ils s’entretuent, ça fera toujours ça de moins » le positionne clairement comme athée et il a fait de la discrimination le combat d’une vie. Il a d’ailleurs été l’un des premiers parrains de l’association SOS racisme. Guy Bedos est également connu pour sa position politique de gauche sans pour autant appartenir à un parti politique. Sa révolte devient rapidement la signature dans ses sketches pour lesquels il s’en donne à cœur joie pour fustiger les religions, les hommes politiques et leurs décisions, les faits de société… pour disait-il « faire du drôle avec du triste ». Ce qui lui a valu des procès, mais également le fait d’être interdit dans les émissions radiophoniques et sur les plateaux télé. Militant actif de droits de l’homme en général, il était membre de l’association « Droit au logement », de la « Ligue des droits de l’homme » ou encore de « l'Association pour le droit de mourir dans la dignité ». S’il est connu pour son humour, Guy Bedos aimait également l’écriture. Il a été ainsi publié au moins 17 fois dont les titres les plus marquants sont « Petites drôleries et autres méchancetés sans importance », en 1989, et son autobiographie intitulée « Mémoires d’outre-mère » publiée en 2005, la même année que « Bête de scène ». Dans un autre titre, « Je me souviendrai de tout » aux éditions Fayard sorti en 2015, Guy Bedos a écrit « ma carrière d’humoriste est un succès, ma vie de citoyen utopiste, un échec » pour dénoncer la montée de l’extrême droite. Si Guy Bedos a pris sa retraite en2013 après près de 50 ans de carrière, il est l’inspiration de plusieurs humoristes qui font de la politique leur sujet de prédilection comme Christophe Alévêque ou Stéphane Guillon On l’aimait ou on ne l’aimait pas pour ses coups de gueule. Guy Bedos était en effet un humoriste qui n’avait pas sa langue dans la poche et disait haut et fort ce qu’il pensait. Il sera, selon son souhait, enterré dans le cimetière de Lumio en Corse, l’île qu’il aimait tant et qui lui rappelait l’Algérie de son enfance.