Nécrologie de John le Carré

Le maître du roman d’espionnage, John le Carré, est décédé d’une pneumonie.

John le Carré, son décès

John le Carré, célèbre romancier britannique, est décédé des suites d’une pneumonie le 12 décembre 2020 à Truro (Royaume-Uni). Auteur de plus d’une vingtaine de livres, il était considéré comme le maître du roman d’espionnage. Il avait 89 ans.

C’est en pleine activité d’espionnage qu’il écrit son premier roman.

John le Carré, l’espionnage dans les veines

John le Carré, de son nom de naissance David John Moore Cornwell, est né le 19 octobre 1931 à Poole, dans le Dorset. Fils d’un escroc et abandonné par sa mère dès son jeune âge, John le Carré grandit dans un internat pour garçon avec son frère. Il entreprend des études d’allemand et de français à l’université de Berne, en Suisse, avant de rejoindre l’université d’Oxford. Il enseigne un moment au collège d’Eton avant d’intégrer le Foreign Office (bureau des affaires étrangères et du Commonwealth), où il officie pendant cinq ans. C’est alors que le MI6 – bureau des renseignements extérieurs du Royaume-Uni – le recrute. Il devient alors un espion. C’est en pleine activité d’espionnage qu’il écrit son premier roman, L’appel du mort (1963), sous le pseudonyme de John le Carré. Il écrit deux autres romans avant de quitter le MI6 après que sa couverture soit compromise par un agent du MI5 (service de renseignement responsable de la sécurité intérieure) et du KGB. Dès lors, John le Carré se consacre à l’écriture de romans, dont plusieurs lui sont inspirés de ses expériences et de la guerre froide.

John le Carré, ses romans incontournables

John le Carré est l’auteur de nombreux romans d’espionnage. Parmi la vingtaine éditée, on ne peut pas taire le troisième : L’espion qui venait du froid (1963). C’est également son premier succès sur fond de guerre froide. Il raconte comment un agent britannique du MI6 proche de la retraite est incité à traverser le mur de Berlin pour sa dernière mission. Le roman est adapté au cinéma en 1965. La taupe (1974), également adapté au cinéma et à la télévision, raconte une chasse aux taupes au sein du MI6 qu’il surnomme le Cirque. C’est un roman qui fait partie d’une trilogie éditée en 1970 : La Taupe, Comme un collégien et Les Gens de Smiley. Le personnage principal du roman est George Smiley. Celui-ci doit déjouer les pièges de son rival soviétique, Karla. John le Carré surprend avec La petite fille au tambour (1983), un roman basé sur le conflit israélo-palestinien. Il relate l’histoire d’une actrice anglaise qu’un espion israélien manipule afin qu’elle devienne un agent double. Sa mission est d’attirer un terroriste palestinien. Trois années plus tard, il sort Un pur espion, dont un personnage est inspiré de son propre père. Lorsque la guerre froide se termine, John le Carré cherche une nouvelle source d’inspiration. C’est ainsi qu’il écrit sur les stratagèmes pour faire tomber un trafiquant d’armes britannique, sous l’intitulé Le directeur de nuit (1993). Puis, il s’inspire des machinations des firmes pharmaceutiques avec une histoire qui se déroule au Kenya : La constance du jardinier (2001). C’est un véritable thriller dont l’adaptation au cinéma, en 2005, a permis à l’actrice Rachel Weisz de remporter un Oscar. En 2018, il édite L’Héritage des espions, une suite de L’espion qui venait du froid. Il raconte l’histoire de deux espions à la retraite, Smiley et Guillam, rattrapés par l’opération Windfall : une mine d’or de renseignements pour l’Occident, mais causant de lourds dommages collatéraux. Écrivain insatiable au talent indéniable, John le Carré avait, encore cette année, publié un roman, Retour de service. Les romans du « maître de l’espionnage » tiendront certainement encore des générations en haleine notamment avec ces personnages discrets et complexes à la fois, à l’opposé du célèbre James Bond.