Nécrologie d’Abdelaziz Bouteflika

Abdelaziz Bouteflika, ancien président de l’Algérie, est décédé vendredi 17 septembre 2021. L’annonce a été faite par la télévision nationale, citant un communiqué de la présidence de la République. Élu président en 1999, Abdelaziz Bouteflika démissionne finalement en avril 2019, sous la pression de la rue et de l’armée. Depuis, il s’était muré dans sa résidence médicalisée de Zéralda, près d’Alger. Il avait 84 ans.

Avis-de-deces-abdelaziz-bouteflika-AssociatedPress-Sidali-Djarboub

Abdelaziz Bouteflika, du Maroc à la présidence algérienne

Abdelaziz Bouteflika est né le 2 mars 1937 à Oujda, ville du Maroc oriental où ses parents avaient émigré. Alors qu’il est lycéen, il adhère à la cellule de l’Istiqlal, premier parti politique et nationaliste marocain classé à droite et considéré comme conservateur. Ce parti a pour but de libérer le Maroc pour instaurer une monarchie constitutionnelle.

Seulement âgé de 19 ans, il intègre alors l’Armée de libération nationale (ALN). Cette branche militaire du Front de libération nationale (FLN), et principal parti nationaliste du Maroc, ordonne à tous les lycéens et étudiants algériens de rejoindre leur rang. Il intègre alors « l’armée des frontières » dont les bases se situent au Maroc (Maroc qui vient de recouvrer son indépendance). Il suit les cours militaires dispensés par les cadres de l’ALN.

Entre 1957 et 1958, il devient contrôleur d’une zone dans la région ouest, où il a pour mission de convaincre les populations rurales de se rallier à l’ALN. Après quoi, il est nommé secrétaire administratif par Houari Boumédiène. C’est au cours d’une mission effectuée en 1960, sur la frontière sud, qu’il est surnommé Abdelkader El Mali. En 1961, lors du conflit entre l’état-major et le GPRA (Gouvernement provisoire de la République algérienne), il se trouve des appuis auprès de chefs emprisonnés au château d’Aunoy. Il joue un rôle décisif dans l’alliance avec Ahmed Ben Bella, un combattant de l’indépendance algérienne. Lorsque ce dernier devient président de l’Algérie à son indépendance en 1962, il nomme Abdelaziz Bouteflika ministre de la Jeunesse et du Tourisme. Il a alors 25 ans.

Membre de l’Assemblée nationale constituante, il est élu et réélu député de Tlemcen. Il est nommé membre du Comité central et du bureau politique à la suite du congrès du FLN, tenu au mois d’avril de la même année. À partir de 1963, il devient ministre des Affaires étrangères jusqu’en 1965.

Limogé par Ahmed Ben Bella, il participe au coup d’État du 19 juin 1965. Jusqu’en 1979, il garde le même poste dans les gouvernements successifs. Abdelaziz Bouteflika signe, avec la France, l’accord du 27 décembre 1968, relatif à la circulation, à l’emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leurs familles. En 1974, il préside la 29e session de l’Assemblée générale des Nations Unies. Sous la présidence de Chadli Bendjedid, il est nommé ministre d’État. Pour des raisons de détournements de fonds, la FLN l’exclut du comité central.

En 1981, il s’exile en Suisse où il exerce comme Consultant international. Il revient en Algérie, en 1987, et participe au congrès du FLN (1989) qui l’élit de nouveau membre du comité central. Après quoi, il repart pour la Suisse.

Il est réélu et reste à la présidence de l’Algérie jusqu’au 2 avril 2019.

Abdelaziz Bouteflika, sa présidence

Abdelaziz Bouteflika se présente à la présidentielle anticipée de 1999, en tant que candidat libre. Il est élu et succède à Liamine Zéroual. Il est réélu et reste à la présidence de l’Algérie jusqu’au 2 avril 2019. En effet, le Parlement vote, le 12 novembre 2008, pour la modification de la Constitution et le retrait de la limite de deux mandats présidentiels consécutifs.

Pour ses deux premiers mandats, Abdelaziz Bouteflika fait la promesse de mettre fin à la « décennie noire », nom donnée à la guerre civile et au terrorisme qui sévissent. Il réussit à mettre fin à cette guerre et la loi de « la concorde » est votée en septembre 1999. Il libère ainsi les militaires, qui ont agi contre des membres du FIS (Front Islamique du Salut). Mais, il procède à la tribalisation du pouvoir en nommant des ministres et des hauts responsables originaires de la même région que lui.

Sa présidence connait une explosion d’affaires de grande corruption, sans volonté de lutter contre cela. D’ailleurs, le Transparency International le classe, en 2003, parmi les pays les plus corrompus. Parallèlement, il fait professionnaliser l’armée pour démontrer sa volonté de libérer le régime du pouvoir militaire.

Mais la répression des émeutes de Kabylie (Printemps noir), entre avril 2001 et 2002, discrédite l’image de l’État. En 2011, des émeutes et des manifestations ont lieu un peu partout en Algérie pour demander sa démission. Abdelaziz Bouteflika met en place une commission chargée de modifier la Constitution, une révision de la loi électorale, de la loi sur les partis politiques et du code de l’information. Le pouvoir en place perd un peu plus la confiance du peuple algérien après l’arrestation de hauts gradés anti-Bouteflika.

Si, au moment de sa prise du pouvoir, il promet la liberté de la presse, Abdelaziz Bouteflika procède à des arrestations de journalistes, à l’image de Mohamed Benchicou et Mohamed Tamalt, auteur respectivement du livre « Bouteflika : Une imposture algérienne » et « Offense au président de la République ». Des arrestations qui mettent, en 2016, l’Algérie à la 129e place (sur 180) au Classement mondial de la liberté de la presse.

Sur le plan économique, l’Algérie connait un taux de chômage élevé, près de 20%, alors que ses réserves de pétrole s’amenuisent. Abdelaziz Bouteflika procède également à l’arabisation et, en mars 2006, il ferme les 42 établissements francophones. Sur le plan international, Abdelaziz Bouteflika s’illustre tout de même en réussissant la médiation entre l’Érythrée et l’Éthiopie, médiation qui aboutit à la signature de l’accord de paix d’Alger en 2000. Il soutient la cause palestinienne qui rend les relations avec le Maroc tendues. À la suite des attentats du 11 septembre 2011, il affirme sa collaboration avec les États-Unis pour la lutte contre le terrorisme. Avec la France, en revanche, les relations restent compliquées. Abdelaziz Bouteflika joue sur des contentieux historiques.

Abdelaziz Bouteflika, sa santé

Abdelaziz Bouteflika connait de nombreux problèmes de santé qui le tiennent éloigné de ses obligations. Dès 2013, cette situation suscite des interrogations sur sa capacité à gouverner. En effet, il ne se déplace plus qu’en fauteuil roulant, avec un défibrillateur, et prend la parole uniquement de manière brève. L’annonce de sa candidature pour un 5e mandat provoque un soulèvement populaire. Sous la pression de l’armée et de la rue, il est contraint finalement à donner sa démission le 2 avril 2019. Dès lors, il se réfugie dans sa résidence médicalisée de Zéralda ou dans sa résidence privée à El Biar.

Durant plusieurs décennies, Abdelaziz Bouteflika était très présent dans la vie politique algérienne. Au cours de son quatrième mandat, il quittait rarement sa résidence médicalisée.